Shivani Siroya est une star de la Silicon Valley. Depuis qu’elle a fondé Tala, une application de microcrédit utilisée au Kenya, en Tanzanie ou encore aux Philippines, en 2011, elle écume les conférences pour partager sa mission : aider les 2,5 milliards de personnes non bancarisées dans le monde.

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Mais derrière le discours de cette entrepreneure de 37 ans, adoubée par Melinda Gates, se cache une réalité parfois bien plus sombre, comme l’histoire de cette fabricante de bijoux d’un bidonville de Kitale, dans l’ouest du Kenya, harcelée par messages par un représentant de la société californienne pour rembourser son prêt alors qu’elle est hospitalisée.

Pour accorder ces micro-prêts, Tala se base sur un « score de crédit » calculé en captant toutes les données issues du téléphone du client (SMS entrants et sortants, navigation…). Sans compter que, si l’application de Shivani Siroya a commencé par proposer des intérêts très bas, à 5%, ceux-ci ont rapidement grimpé à 15% – soit trois fois plus élevés que ceux dont bénéficierait un citoyen américain pour un prêt bancaire classique.

Aujourd’hui, Tala est loin d’être le seul service dans ce genre au Kenya. Branch International, OKash, ou même M-Pesa convoitent ce marché. Plongez dans l’univers pas toujours très éthique de la microfinance dans ce long article publié par Bloomberg.

Nouveaux rebondissements dans l’affaire de l’“Okada ban”, l’interdiction, pour des raisons de sécurité, des motos-taxis (okada) et des tricycles à moteur (keke) dans plusieurs localités de l’Etat de Lagos, au Nigeria – dont on vous parlait la semaine dernière. Après avoir suscité la colère d’une partie des usagers de la capitale économique du pays, cette nouvelle politique a eu un impact considérable sur quelques startups de la bouillonnante mégalopole, spécialisées dans la commande en temps réel de ces services de transport.


Gokada, Max.ng et ORide, les trois leaders du secteur cumulant 168,7 millions d’euros en levées de fonds depuis 2018, près de 20 000 chauffeurs et autant de véhicules, selon Jeune Afrique, ont immédiatement déposé un recours aux autorités lagosiennes. En attendant leurs réponses, ces jeunes pousses ont dû se réorganiser : Gokada a été contraint de remercier 70% de ses employés et de recentrer son coeur de métier sur la livraison et les services de transports fluviaux, admet son PDG Fahim Saleh. Les conducteurs de Max.ng, eux, restent cantonnés aux quartiers non soumis à l’interdiction pour le moment, indique Quartz Africa. Reste à voir, si le gouverneur de Lagos Babajide Sanwo-Olu campe sur ses positions, quel sera l’impact économique à long terme d’une telle décision politique pour la capitale tech de l’Afrique.

En 2018, la barre du milliard avait été franchie. En 2019, on double quasiment la mise. Le dernier rapport du fonds de capital risque Partech Africa, publié mercredi, a montré l’intérêt toujours grandissant des investisseurs pour les jeunes pousses africaines. L’année dernière, les startups africaines ont levé 2,02 milliards de dollars (1,82 milliard d’euros), ce qui constitue une augmentation de 74% par rapport à l’année précédente. Pour arriver à ce chiffre impressionnant, Partech Africa a analysé 250 levées de fonds réalisées par 234 startups sur le continent. 

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Au-delà de ce chiffre record, quels sont les autres enseignements de cette étude ? Concernant les secteurs d’investissement, pas de surprise : les sociétés spécialisées dans l’inclusion financière raflent la mise (54,5% des investissements). Côté pays, l’Egypte s’invite sur le podium, en compagnie du Nigeria et du Kenya, reléguant l’Afrique du Sud et ses startups au pied des marches. Enfin, toutes les étapes de croissance connaissent une embellie.

Le rapport de Partech n’est pas le seul consacré au levées de fonds en Afrique. D’autres paraissent traditionnellement en début d’année, comme ceux de WeeTracker ou Briter Bridges. Voici un article de Quartz Africa qui revient sur les différences entre ces études. (Infographie : Partech Africa)

Son inauguration, initialement prévue pour la mi-décembre 2019, a déjà pris du retard. Mais la future Agence francophone pour l’intelligence artificielle (Afria) devrait bel et bien voir le jour en 2020, à Aného, au Togo. C’est en tout cas ce qu’affirme son président, le Béninois Eric Adja, qui milite pour une IA aux couleurs de l’Afrique.

Teknolojia : Annoncée en grandes pompes en 2019, la première pierre de l’Afria n’a toujours pas été posée à Aného puisque le Symposium sur l’IA, prévu le 16 et 17 décembre 2019, a été reporté. Quelle en est la raison ?

Eric Adja : Le comité d’organisation du Symposium s’est simplement rendu compte qu’il n’avait pas prévu suffisamment de logistique pour accueillir décemment les 200 personnes attendues. Dès que nous serons entrés en contact avec la mairie d’Aného, nous déciderons d’une nouvelle date pour organiser l’événement. 

Mais pas d’inquiétude, le Symposium aura bien lieu cette année ! C’est le moment ou jamais de nous lancer dans l’intelligence artificielle car il y a un risque de cyber-colonisation de l’Afrique par les grandes plateformes numériques, comme l’a dit le député français Cédric Villani dans son rapport rendu public en 2018. Notre continent doit aujourd’hui dompter le Python, le langage de l’intelligence artificielle, s’il ne veut pas avaler des couleuvres à l’avenir.

Qu’est-ce que l’Afria et qu’y trouvera-t-on ?

Officiellement lancée depuis le 14 novembre 2019, l’Afria est une association française de loi 1901 regroupant une multitude d’acteurs : de grands acteurs privés, des ONG (Unesco, Réseau des structures et institutions nationales en charge de la francophonie…), des établissements académiques (Université de Lomé, Institut Cerco…) et des administrations (ministères français et ivoirien de l’Intérieur…). Elle est complètement indépendante de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et pourra donc bénéficier de financements d’autres structures, comme des partenaires privés ou l’Agence française de développement, par exemple. 

« L’Afrique doit dompter le Python, le langage de l’IA, si elle ne veut pas avaler des couleuvres à l’avenir »

Cet établissement sera tout d’abord un centre de formation en intelligence artificielle, avec des cours réguliers ouverts à toutes et à tous sur les enjeux techniques, éthiques et politiques de l’apprentissage automatique (machine learning) et de l’apprentissage profond (deep learning). L’agence sera aussi un cabinet de conseil en IA et organisera des conférences sur les aspects réglementaires et législatifs, dans le but de sensibiliser les décideurs publics. Enfin, elle sera un incubateur de start-ups qui utilisent l’IA dans l’agriculture, la santé, l’environnement ou encore l’éducation.

D’où vient l’idée de créer une agence dédiée à l’IA à Aného, au Togo ?

Après avoir organisé un atelier de sensibilisation sur les données numériques, du 20 au 23 mai 2019 dans les locaux de l’incubateur togolais WoeLab Prime, à Lomé, l’OIF et d’autres partenaires ont fait le constat que les jeunes Africains n’étaient pas formés à l’intelligence artificielle. On leur présente la discipline comme un mythe alors qu’un pays comme la Finlande, par exemple, a décidé il y a quelques mois de créer des cours gratuits consacrés à l’intelligence artificielle dès l’école primaire. Je veux initier une démarche similaire en Afrique de l’Ouest pour que l’IA soit un langage accessible à tous. Notre avenir en dépend. Des représentants de l’Unesco, présents lors du séminaire à Lomé, se sont rapprochés de moi et m’ont confié qu’ils travaillaient aussi sur un projet de formation des jeunes à l’IA. Je leur ai proposé de créer ensemble une agence.

Comme l’idée venait du Togo, nous avons décidé de l’installer dans le pays, où l’écosystème numérique est dynamique, avec un lieu comme le WoeLab et une volonté politique poussée par la ministre de l’Economie numérique, Cina Lawson. Quant au choix d’Aného, il s’agit d’accompagner le gouvernement togolais dans ses efforts de décentralisation. Et Ayayi Ayivi, le maire de la ville, concerné par les enjeux éthiques de l’IA, souhaitait accueillir l’agence.

L’Afria aura-t-elle l’objectif de créer une véritable filière économique de l’IA en Afrique ?

Tout à fait ! Avant de lancer cette initiative, nous ne nous rendions pas encore bien compte de l’écosystème qui existe déjà dans la sous-région. Prenez data354, une start-up située à Abidjan et à Paris qui propose des solutions d’analyse de données grâce à ses algorithmes de machine learning et de deep learning pour des services publics, les secteurs financiers, agroalimentaires, de la santé ou encore des télécommunications. Nous avons à cœur de révéler de telles jeunes entreprises de la sous-région.

C’est pourquoi, avec le WoeLab, nous souhaitons lancer en février un concours pour sélectionner les start-ups spécialisées dans l’IA que nous incuberons. Nous avons déjà reçu une vingtaine de candidatures, dont la moitié vient de jeunes pousses togolaises et l’autre de l’Afrique de l’Ouest. Il ne s’agit donc pas de réinventer la roue mais d’accompagner ce qui existe déjà et de faire collaborer les divers hubs technologiques du continent (Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin) mais aussi, pourquoi pas, en France et au Québec. Et même avec le centre d’IA de Google, au Ghana, pour qui l’Afria ne sera pas un concurrent mais un partenaire.

L’Afrique a-t-elle des atouts à apporter dans le secteur de l’IA aux puissances économiques comme les Etats-Unis, la Chine ou l’Europe ?

La matière première de l’IA, ce sont les données. Or, avec la myriade de peuples différents, l’Afrique a les moyens de constituer des bases de données très riches. De plus, la jeunesse africaine est de plus en plus nombreuse et il faut en faire un atout. Enfin, nous devons créer des applications qui répondent aux problèmes locaux. Comme, par exemple, avec le mobile money, où l’Afrique a été un exemple pour le monde entier. Nous devons reproduire ce modèle pour l’IA en proposant des applications numériques pour aider à résoudre des problèmes de cybersécurité ou de lutte contre le terrorisme, par exemple. Quand on voit les investissements économiques faramineux dédiés à l’IA aux Etats-Unis et en Chine, nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de rater le coche.

C’est pourquoi nous devons aller vite aujourd’hui. Le calendrier de l’Afria pour les trois ans à venir est fixé, nous le proposerons au conseil d’administration à la fin du mois de janvier puis nous pourrons le communiquer. Nous discutons aussi avec le centre Google AI pour organiser un atelier début 2020, soit à Accra soit à Lomé.


Chronologie

20-23 mai 2019 : atelier de sensibilisation sur les données émergentes au WoeLab Prime, à Lomé.
8 août 2019 : réunion constitutive de l’Agence francophone pour l’intelligence artificielle (Afria)
14 novembre 2019 : lancement officiel de l’Afria au Centre des hautes études du ministère français de l’Intérieur (Chemi) à Paris.
16-17 décembre 2019 : dates initialement prévues pour le Symposium sur l’intelligence artificielle « Aného 2019 », reporté.
Février 2020 : lancement du concours d’incubation de start-ups.

L’univers des startups est loin d’atteindre la parité, c’est le moins que l’on puisse dire. Dans le monde, seules 22% d’entre elles comptent au moins une femme parmi leurs membres fondateurs, selon Disrupt Africa. Pire : celles-ci ne reçoivent que 2,2% des investissements.

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Sur le papier, l’Afrique semble quelque peu mieux lotie : 27% des entrepreneurs du continent sont des femmes, soit plus que partout ailleurs. Mais selon l’ONU, ce chiffre cache une autre réalité : la plupart des sociétés gérées par des Africaines sont de petits commerces et seules 9% des startups africaines vouées à se développer sont dirigées par des femmes.

Pourtant, une étude de la Harvard Business Review montre qu’impliquer hommes et femmes équitablement dans l’entrepreneuriat pourrait augmenter le PIB d’un pays de 3 à 6%. Et si l’Afrique montrait l’exemple aux autres continents ?

Au matin du 1er février, le Royaume-Uni ne sera plus membre de l’Union européenne. Cela augure-t-il d’une nouvelle relation avec le continent ? Force est de constater que depuis le vote en faveur du Brexit, en juin 2016, Londres n’a eu de cesse d’approcher des partenaires plus lointains, afin de rendre sa sortie de l’UE moins douloureuse. Et c’est sans doute dans cette perspective qu’il faut inscrire le sommet sur l’investissement UK-Africa du 20 janvier dernier. Un sommet bienvenu, puisque la part de l’Afrique dans le total des échanges britanniques ne cessait de diminuer (2,5% ces dernières années).

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Mais la Tech africaine va-t-elle voir un peu plus de livres affluer ? Oui, dans une certaine mesure. Le sommet a accouché d’une promesse d’investissements totale de 65 millions d’euros – notamment dans les infrastructures de connexion, dans la formation et la cybersécurité (Business Insider a fait le compte ici).

Mais l’Afrique et son immense marché sont surtout une opportunité pour les entreprises britanniques. Un rapport de Kleos Advisory, publié lors du sommet, a ainsi révélé que l’électricité « off-grid » sur le continent pourrait avoir un potentiel commercial de 22 milliards d’euros par an. Azuri Technologies ou Bboxx ne vont pas laisser filer le gâteau. Le sommet a d’ailleurs été vivement critiqué pour être principalement un outil de promotion des intérêts britanniques.