Si les startups africaines qui exploitent vraiment les technologies liées à l’intelligence artificielle (algorithmes d’apprentissage automatique et d’apprentissage profond) – comme l’ivoirienne data354 – ne se bousculent pas encore au portillon, comme le rapporte WeeTracker, l’Afrique a bel et bien pris conscience de l’enjeu. Google a implanté un centre d’IA à Accra, au Ghana, et un projet d’Agence francophone de l’intelligence artificielle est en train de voir le jour au Togo, poussé par l’Organisme international de la francophonie.

D’ici 2030, l’intelligence artificielle augmentera le PIB mondial de 14% (14,1 billions d’euros), estime le rapport Foresight Africa 2020.

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Aujourd’hui, les grands groupes africains commencent à voir ce bénéfice. « L’intelligence artificielle a révolutionné nos interactions avec nos clients et ceux qui ne suivent pas ce mouvement disparaîtront », tranche, dans La Tribune, Laurence Do Rego, la directrice exécutive du groupe Ecobank Transnational Incorporated, le géant bancaire présent dans 36 pays africains qui compte aujourd’hui 19 millions de clients.

Le secteur est néanmoins encore trop balbutiant en Afrique, c’est pourquoi le rapport Foresight Africa 2020 omet le continent. Pour savoir ce que l’IA peut lui apporter, lire cet article d’AI Expo Africa.

Entre levées de fonds records, censures en tout genre et rapprochements inédits entre hubs, 2019 fut mouvementée pour le secteur du numérique en Afrique. Voici 10 informations qui ont retenu notre attention cette année.

Le combat des Tchadiens pour leurs réseaux sociaux

Ce fut le malheureux feuilleton de l’année pour les Tchadiens. Un feuilleton qu’ils avaient d’ailleurs déjà suivi en 2018. Au Tchad, l’accès aux réseaux sociaux a été coupé pendant près de 15 mois. En juillet dernier, le président Déby, annonçant le retour de la connexion, a justifié cette coupure par des impératifs sécuritaires. Une justification qui a pourtant tardé à voir le jour : les autorités tchadiennes ont longtemps été peu loquaces sur le sujet, malgré les questions pressantes des ONG de défense des libertés numériques, dont Internet sans frontières. Et si les Tchadiens ont retrouvé un accès « normal » à leurs réseaux, ils restent plus que jamais vigilants.

L’essai pas encore transformé des cryptomonnaies en Afrique

Bitcoin, Ethereum, Ripple… Les cryptomonnaies ont régulièrement fait la Une dans la sphère tech africaine en 2019. L’intérêt des Africains pour la plus connue d’entre elles, le Bitcoin, n’a cessé de grandir au cours de l’année, révélait WeeTracker en mai dernier. Et pour cause : ces devises alternatives permettraient de « s’affranchir des politiques monétaires inflationnistes » et d’ »économiser des frais de transaction exorbitants », en partie dus « au faible niveau de bancarisation de l’Afrique subsaharienne, où plus de 80% des ménages ne possèdent pas de compte bancaire », notait Le Monde en juillet.

L’année 2019 a vu pleuvoir les projets de crypto africaines : le rappeur américain d’origine sénégalaise Akon a lancé son Akoin, une fondation suisse a inauguré l’AFRO, une cryptomonnaie qui se veut panafricaine, quelques séparatistes anglophones du Cameroun ont dévoilé l’Ambacoin… Le géant Facebook, lui, avait certainement l’Afrique en ligne de mire lorsqu’il a annoncé la Libra, sa propre cryptomonnaie très vite controversée. Même Western Union, champion du transfert d’argent, pourrait se laisser tenter. Les promesses scandées en 2019 seront-elles tenues en 2020 ?

Les drones, plus qu’une mode

2019 a été l’année du drone en Afrique. On les a vus partout. Au-dessus des vastes étendues nigériennes, déployés pour la sauvegarde des antilopes à nez tacheté. Au-dessus des champs tunisiens, fruit d’une coopération entre la Corée du Sud et la Banque africaine de développement. La BAD mise d’ailleurs beaucoup sur ces avions sans pilote pour mieux gérer les récoltes. Problème : plusieurs pays africains interdisent ou encadrent bien trop strictement l’utilisation des drones. C’est le cas, par exemple, du Maroc ou du Kenya. Des contraintes qu’il conviendra d’alléger si les gouvernements ne souhaitent pas freiner l’innovation.

La Chine investit tous azimuts en Afrique

La lune de miel entre la Chine et l’Afrique a pris un tour bien plus romantique en 2019. Pénalisées par la guerre commerciale entre Washington et Pékin, les entreprises chinoises, déjà bien présentes sur le continent, y ont développé leurs partenariats. On a ainsi vu Huawei prospecter en Tunisie, en Egypte ou encore en Afrique du Sud, autour de la 5G. Le géant chinois a également ouvert sa première usine africaine en Algérie. Même intérêt du côté du constructeur Xiaomi, qui a inauguré un département Afrique et de son compatriote Transsion, dont les téléphones continuent à inonder le marché africain et qui s’essaye désormais au paiement mobile. Les entreprises chinoises sont aussi impliquées dans plusieurs projets de surveillance sur le continent.

Les levées de fonds pour les startups battent des records

Au cours de l’année écoulée, l’attrait des investisseurs du monde entier pour les startups africaines ne s’est pas démenti. On était déjà sur des très bonnes bases, puisqu’un rapport publié au mois de mars annonçait que la barre du milliard de dollards investi avait été franchie en 2018 (on avoisinerait les 1,24 en 2019). Du côté du fonds de capital risque Partech Africa, on a aussi dépassé les objectifs en accumulant, auprès de divers partenaires, près de 125 millions d’euros pour financer les jeunes pousses du continent. Là aussi, c’est un record.

Ethiopie : vent de libéralisation sur les secteurs des TIC

En Ethiopie, c’en est bientôt fini des monopoles d’Etat. Après avoir amorcé un climat de détente avec son voisin érythréen, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, qui a succédé au démissionnaire Haile Mariam Dessalegn en avril 2018, a un autre cheval de bataille : la libéralisation de l’économie. A commencer par les télécoms. Ethio Telecom, seul opérateur du pays et détenu à 100% par l’Etat éthiopien, devrait accueillir deux rivaux en mars 2020. Annoncée en juin 2018, cette ouverture à la concurrence a fait les choux gras de la presse panafricaine en 2019 : en novembre, l’Ethiopie enregistrait déjà 22 manifestations d’intérêt de la part d’opérateurs africains et internationaux. D’abord candidat à l’entrée au capital d’Ethio Telecom, Orange est aujourd’hui davantage séduit par briguer l’une de ces licences concurrentes, confiait Stéphane Richard, PDG de l’opérateur français, dans les colonnes de Jeune Afrique en décembre.

Franc succès pour les Mara Phones, les smartphones (presque) 100% africains

Le slogan marketing, « 100% africains », est certes exagéré – nous vous l’expliquions ici. Mais avec ses smartphones largement fabriqués d’abord en Afrique du Sud puis, depuis avril, au Rwanda, Mara Group a réussi un coup de maître en 2019. Pas le premier fabricant de smartphones made in Africa, le groupe installé au Rwanda est bien celui qui a reçu le plus de couverture médiatique. En mai, il signait un accord avec Wari, le champion sénégalais de la Fintech, pour installer ses services sur les Mara Phones. En octobre, le Kenya, l’Angola et la RDC montraient leur intérêt pour vendre les smartphones rwandais. Et en novembre, c’est le Sénégal qui se positionnait pour accueillir une troisième usine de fabrication. L’année 2020 s’annonce bien pour les Mara Phones.

La santé économique de Jumia sur des montagnes russes

L’année 2019 avait pourtant si bien commencé pour Jumia. En avril, la rumeur qui grondait depuis fin janvier se confirme : la licorne (presque) africaine du e-commerce est entrée à la bourse de New York (New York Stock Exchange, NYSE). Mais quelques mois plus tard, l’enthousiasme est retombé et les déboires commencent : début novembre, la branche camerounaise de cette société fondée au Nigeria annonce le lancement d’une procédure de liquidation judiciaire. A la fin du même mois, ce sont ses activités en Tanzanie qui prennent fin, puis son service de livraison alimentaire au Rwanda en décembre. Dans le même temps, son action dégringole : alors que le titre avait frôlé les 50 dollars en mai, il s’échangeait autour de 5,6 dollars début décembre. « Nous nous doutions que la vie d’une société cotée passerait par des hauts et des bas, mais nous ne pensions pas que cela irait aussi vite à la hausse puis à la baisse », admet début décembre Sacha Poignennec, l’un des deux PDG de Jumia, dans les colonnes des Echos.

Le cobalt suscite toujours plus de convoitises et de polémiques

Le minerai, essentiel à la fabrication des batteries lithium-ion que l’on retrouve tant dans nos smartphones que dans nos voitures électriques, a électrisé l’actualité tech africaine. Fin 2018, la RDC, premier producteur, l’avait déclaré « ressource stratégique », faisant tripler la redevance que doivent les grands compagnies présentes dans le pays à l’Etat. Certes, l’attribution du prix Nobel de chimie aux inventeurs des fameuses batteries a souligné une nouvelle fois l’intérêt du cobalt mais elle a aussi redonné un coup de projecteur sur les conditions de son extraction. De nombreux jeunes Congolais sont employés dans les mines, ce qu’a une nouvelle fois dénoncé une plainte contre les géants de numérique en fin d’année.

Les hubs africains s’interconnectent un peu plus

On retiendra enfin que c’est en 2019 que les hubs africains ont commencé à penser global, ou plutôt continental. Le premier à avoir tissé sa toile fut le célèbre CcHub de Lagos, qui a commencé par implanter un Design Lab à Kigali, en février, avant d’acquérir le kényan iHub en septembre. En avril, 75 autres hubs nigérians décidaient de s’unir en renforçant significativement leur contribution financière au NINe, la structure censée les chapeauter depuis cinq ans, qui n’avait jamais vraiment été effective jusqu’à ce jour. En octobre c’est le réseau AfriLabs qui enregistre l’arrivée de vingt nouveaux hubs, en majorité venus d’Afrique de l’Ouest.

En Afrique, de plus en plus de startups ne se contentent plus de prospérer dans leur marché national, ni même d’investir les pays voisins, mais voient plus loin, hors du continent. Le nigérian Paga veut vendre ses services de mobile money au Mexique et aux Philippines, l’égyptien Swvl propose ses bus au Pakistan. Et, plus récemment, la startup ghanéenne PayLock, qui garantit aux investisseurs des fraudes et des défauts de paiement, a choisi le Chili comme second marché, après un succès dans son pays natal. Une stratégie grandissante, largement due à la petite taille des marchés nationaux sur le continent, estime Tayo Oviosu, fondateur de Paga.

Mais cette stratégie est risquée, comme le montre l’exemple de M-Pesa, qui n’a jamais réussi à s’imposer hors de l’Afrique de l’Est, malgré les tentatives de sa maison-mère britannique, Vodafone, d’entrer sur les marché roumain, albanais et indien.

« La plupart de ces envies d’expansion semblent être motivés par les investisseurs et non par le marché et c’est dangereux, alerte Victor Asemota, du fonds d’investissement Alta Global Ventures, situé aux Etats-Unis, à Quartz Africa. A moins que l’investisseur n’ait d’autres entreprises complémentaires sur ces marchés ou qu’il n’ait mis en place un système de soutien dans ces régions, il est généralement difficile d’y pénétrer. »

Revoilà la question du cobalt congolais, plus précisément de son extraction, qui revient à la Une de l’actualité. Et cette fois, c’est d’outre-Atlantique qu’est venue la polémique : une plainte a en effet été déposée auprès de la Cour fédérale par le collectif International Rights Advocates, au nom de 14 plaignants, contre les géants de la Tech américaine (Apple, Alphabet ou encore Microsoft), accusés de profiter du travail des enfants dans les mines de RDC.

Cette plainte, si elle vise des sociétés américaines, met une nouvelle fois en lumière les lacunes dans l’encadrement de l’extraction minière dans le pays. Deux sociétés présentes en RDC sont dans l’oeil du cyclone – Huayou Cobalt (Chine) et Glencore (Suisse) – qui se défendent arguant que certains sites incriminés ne sont plus sous leur autorité (indirecte, ces multinationales possédant de nombreuses sociétés, de taille bien plus modeste).

Il est vrai que 15% de la production de cobalt en RDC seraient l’affaire d’exploitations « artisanales ». Mais selon l’IRA, les géants californiens ne pouvaient ignorer  la nature de leurs chaînes d’approvisionnement… (Photo : Monusco / CC)

Le rendez-vous est pris pour les meilleures jeunes pouces de la Tech africaine : ce sera l’année prochaine, au mois d’avril, sur les rives du lac Léman en Suisse. A l’occasion du Seedstars World, elles seront en concurrence avec leurs alter ego venues des autres régions du globe, avec à la clé près de 500.000 dollars d’investissement et de nombreux prix. En une semaine, les zones « Afrique » et « Mena«  (Moyen-Orient et Maghreb) ont ainsi sélectionné leur cohorte. Douze startups du continent, au total, seront sur les rangs.

Qui trouve-t-on parmi ces champions ? Quelques-uns des représentants de la Fintech africaine, comme la startup rwandaise Exuus, qui rend l’épargne communautaire plus accessible en ligne. D’autres participent au développement d’une agriculture mieux maîtrisée et plus rentable, comme la malienne Oko, qui permet de s’assurer en ligne en fonction des analyses précises fournies par la startup. Seule représentante de l’Afrique du Nord, l’égyptienne Hospitalia fait elle dans la médecine connectée.

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Au début des années 2010, on ne jurez que par ces cours en ligne, gratuits, censés révolutionner l’éducation, notamment dans les pays peu développés. Mais nous avons vu, plus tôt cette année, que lorsqu’il s’agit de démocratisation de l’enseignement, particulièrement en Afrique, les Mooc ont atteint leurs limites.

Mais il ne s’agit pas que de demande, l’offre aussi pèche. Les universités virtuelles, certes, se multiplient. Et elles séduisent, à l’image de l’Université virtuelle du Sénégal. Mais les offres d’universités africaines sur les grandes plateformes que sont edX ou Coursera sont elles bien peu nombreuses. Si bien qu’au classement  mondial 2020 établi par MoocLab, seuls deux établissements du continent, tous deux sud-africains, figurent parmi les 200 premiers.

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