« En Afrique, les données sur la cyberviolence envers les femmes sont peu récoltées, ce qui rend difficile l’évaluation de son ampleur. » C’est le sombre constat dressé par Julie Owono, directrice de l’ONG Internet sans frontières, dans une tribune publiée sur le site du magazine camerounais Digital Business Africa. Si la plupart des Etats du continent se sont dotés de lois contre la cybercriminalité, l’avocate déplore que le cyber-harcèlement ait été éludé.

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Pourtant, souligne-t-elle, « les violences contre les femmes ont un impact sur l’économie nationale ». A commencer par leur inclusion dans le secteur numérique : une femme a deux fois plus de risques qu’un homme d’être victime de cyber-violence (revenge porn, menaces, harcèlement…), selon une étude du Pew Research Center citée par l’activiste. De quoi passer l’envie à certaines « d’innover et de créer de la richesse grâce à l’outil numérique », ajoute-t-elle.

Le cyber-harcèlement n’a été pris au sérieux que très tard par de nombreux pays dans le monde : la France n’a voté une loi contre le revenge porn qu’en 2016… Mais de plus en plus de pays proposent un soutien moral et juridique, comme le Pakistan avec la Digital Rights Foundation ou le Kenya, où la police est formée par Facebook, la Banque africaine de développement et l’Autorité de régulation des télécommunications sur ces questions.

Transférer de l’argent vers le Maroc avec Western Union ou MoneyGram, les deux leaders du marché, est 16% plus cher depuis la France que depuis n’importe quel autre pays européen. Pour un envoi de 170 euros, la facture s’élève à 11,40 euros, et cela à cause d’une surfacturation des frais liés au transfert pratiquée pour certaines des principales destinations d’envoi depuis la France (Maroc, Algérie, Vietnam, Sénégal, Inde).

C’est l’une des conclusions accablantes du rapport dressé par l’association française de consommateurs UFC-Que choisir, qui accuse également les deux géants du transfert d’argent de cacher à leurs clients les frais de change, dont le montant n’est jamais indiqué avant la transaction. Ils représentent pourtant 26% du coût de l’ensemble des transactions, soit, pour l’année 2017, un manque à gagner de 110 millions d’euros.

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L’UFC-Que choisir a donc décidé de porter plainte contre Western Union et MoneyGram pour “pratiques commerciales trompeuses” dues à leur position dominante – les deux entreprises se partageant les deux tiers du marché mondial, indique RFI.

“Pour nous, c’est grave. L’impact économique sur les personnes qui font des transferts d’argent est considérable, explique aux Echos Alain Bazot, le président de l’UFC-Que Choisir. Il faut sanctionner l’opacité qui concourt au déficit de concurrence.”

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Au menu de la première édition de la newsletter Teknolojia :

■ Au Sénégal, le nouveau code des communications électroniques vient d’être approuvé par l’Assemblée nationale. Ce qui provoque une levée de boucliers de la part des défenseurs d’un internet libre.

■ L’Éthiopie confirme ses ambitions spatiales : un satellite sera bel et bien lancé en septembre 2019

■ L’association de consommateurs UFC-Que choisir attaque les deux géants du transfert d’argent Western Union et MoneyGram pour « pratiques commerciales trompeuses »

■ Une étude annonce un avenir sombre pour les assistants vocaux en langues africaines

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Le projet spatial de l’Ethiopie entre dans le concret. Début novembre, l’Agence éthiopienne des sciences et technologies de l’espace annonçait qu’un satellite national serait bel et bien lancé en septembre 2019, avec le concours de la Chine. Après une réunion en août, les représentants des deux agences spatiales se sont à nouveau rencontrés la semaine dernière.

Pékin devrait financer les trois-quarts des huit millions de dollars que coûtera la capsule principalement destinée aux mesures du climat. L’Ethiopie rejoint ainsi le club encore très fermé des pays africains ayant défié la stratosphère (ils sont désormais huit avec l’Egypte, l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Nigeria, le Maroc, le Ghana et le Kenya).

Si la Chine collabore à ce premier lancement, il n’en sera pas de même pour le second. Addis-Abeba souhaite en effet être en mesure de lancer un autre satellite, de façon totalement indépendante cette fois, grâce au transfert de technologies induit par cette première collaboration.

En attendant, certains experts sont sceptiques, relève Quartz Africa : « Bien qu’Addis-Abeba indique qu’elle utilisera le satellite pour surveiller les cultures et les conditions météorologiques, elle pourrait aussi l’utiliser à des fins d’espionnage », notamment de dissidents.

Au Sénégal, le nouveau code des communications électroniques, adopté par le gouvernement le 6 juin dernier et tout juste voté à l’Assemblée nationale, fait bondir les associations de défense des libertés sur internet. Son article 27 permettra au gouvernement de restreindre ou de filtrer l’utilisation des applications « over the top » (OTT), soit les services utilisant internet pour communiquer, comme WhatsApp, Viber ou Skype. L’objectif : soutenir les services de télécommunications classiques, fortement touchés par la concurrence de ces applications.

  • « L’Autorité de régulation peut autoriser ou imposer toute mesure de gestion du trafic qu’elle juge utile pour, notamment, préserver la concurrence dans le secteur des communications électroniques et veiller au traitement équitable de services similaires. » (Article 27)

« L’heure est grave », a affirmé Ibrahima Lissa Faye, président de l’Association de la presse en ligne (APPEL), dans les colonnes de Ouestaf. Il prévoit des “restrictions des réseaux sociaux qui risquent d’envoyer beaucoup de jeunes au chômage”. Pour Ndiaga Gueye, président de l’Association sénégalaise des utilisateurs des TIC (Asutic), également interrogé par Ouestaf, l’article 27, “c’est la censure d’internet”. “Le secteur connaît des évolutions rapides qu’il était important pour nous de prendre en compte”, justifie Abdoulaye Bibi Baldé, ministre de la Communication (à lire sur le site de CIO Mag).

Selon le blogueur Papa Ismaïla Dieng, cet article est contraire à la neutralité du Net et pourrait se traduire par une limitation de la bande passante, voire une taxation sur les OTT – qu’on a vu en Ouganda ou encore au Bénin, où la campagne #TaxePasMesMo a fait reculer le gouvernement.

Sur les 9,6 millions d’internautes sénégalais, 88,6% sont abonnés à internet via le smartphone ou la tablette, selon les chiffres de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP).