Opération de cybersécurité en Afrique.

Cybercriminalité en Afrique : ce que l’on sait des 651 arrestations annoncées par Interpol

C’est l’une des plus vastes opérations de lutte contre la cybercriminalité en Afrique jamais coordonnées à l’échelle du continent. Le 19 février 2026, Interpol a annoncé l’arrestation de 651 personnes dans le cadre d’une offensive menée dans 16 pays africains contre des réseaux spécialisés dans les arnaques en ligne.

Baptisée Operation Red Card 2.0, l’opération s’est déroulée entre décembre 2025 et fin janvier 2026. Elle visait des groupes organisés impliqués dans des escroqueries numériques transnationales : fausses plateformes d’investissement, fraudes aux prêts en ligne, arnaques sentimentales ou encore escroqueries via messageries mobiles. Voici ce que l’on sait à ce stade.

Une opération coordonnée dans 16 pays

Selon Interpol, l’opération a mobilisé des forces de police et des unités spécialisées dans la criminalité numérique à travers le continent, avec l’appui d’experts en cybercriminalité et en analyse financière.

Les chiffres communiqués sont significatifs : 651 suspects interpellés, plus de 4,3 millions de dollars saisis ou récupérés, 1 247 victimes identifiées, plus de 2 300 appareils électroniques confisqués — téléphones, ordinateurs et serveurs — ainsi que plus d’un millier d’adresses IP et de domaines liés à des activités frauduleuses neutralisés.

Ces résultats témoignent d’un phénomène structuré, organisé et internationalisé, loin de l’image d’arnaques isolées opérées depuis un simple cybercafé. Les autorités décrivent des réseaux hiérarchisés, dotés de compétences techniques avancées et capables d’opérer simultanément sur plusieurs continents.

Des escroqueries à l’investissement très sophistiquées

Une partie importante des arrestations concerne des fraudes à l’investissement à haut rendement. Le mode opératoire est désormais bien rodé : les victimes sont contactées via les réseaux sociaux, des plateformes de messagerie ou des publicités en ligne les orientent vers de faux sites promettant des rendements rapides sur des placements en cryptomonnaies, en trading ou dans des projets technologiques présentés comme innovants.

Dans certains pays d’Afrique de l’Est, les enquêteurs ont démantelé des centres d’appels structurés comme de véritables entreprises. Les suspects disposaient de scripts de persuasion, de faux tableaux de bord financiers affichant des gains fictifs et de comptes bancaires ouverts dans plusieurs juridictions pour brouiller les pistes. Les victimes, elles, pouvaient se trouver aussi bien en Afrique qu’en Europe ou en Asie.

Ces arnaques exploitent la popularité croissante des investissements numériques et la promesse de rendements rapides dans un contexte économique parfois difficile.

Le rôle clé des fraudes liées au mobile money

Autre pan majeur de l’opération : les escroqueries liées aux services d’argent mobile et aux prêts numériques. Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, des réseaux proposaient de faux microcrédits via des applications frauduleuses.

Le mécanisme était souvent le même. Après téléchargement de l’application, les fraudeurs accédaient aux données personnelles des utilisateurs : contacts téléphoniques, photos, messages. En cas de retard de paiement — réel ou inventé — les victimes faisaient l’objet de menaces, les escrocs promettant de diffuser des informations privées à leur entourage.

Les forces de l’ordre ont saisi des centaines de téléphones utilisés pour gérer ces opérations. Selon les enquêteurs, ces dispositifs servaient à contacter massivement les victimes, à stocker des données et à transférer les fonds obtenus.

Une criminalité transfrontalière et structurée

Interpol insiste sur la dimension transnationale des réseaux démantelés. Les suspects pouvaient opérer depuis un pays, héberger leurs infrastructures techniques dans un autre et cibler des victimes dans plusieurs régions du monde.

L’opération s’inscrit dans un programme plus large de coopération visant à renforcer les capacités d’enquête numérique sur le continent africain. Les autorités soulignent que les cybercriminels utilisent désormais des outils d’anonymisation, des services de paiement en ligne complexes et, dans certains cas, des cryptoactifs pour dissimuler les flux financiers.

Cette professionnalisation complique le travail des enquêteurs et nécessite un partage rapide d’informations entre États. Elle illustre aussi la transformation de la cybercriminalité en une économie parallèle mondialisée.

Pourquoi la cybercriminalité progresse en Afrique

La progression de la cybercriminalité en Afrique s’explique par plusieurs facteurs. Le premier est l’explosion de la connectivité mobile. Le continent connaît l’une des croissances les plus rapides d’utilisateurs d’internet au monde.

Le succès du mobile banking et des services financiers numériques constitue un autre élément clé. Ces innovations ont favorisé l’inclusion financière de millions de personnes, mais elles ont également créé de nouvelles vulnérabilités exploitables par des acteurs malveillants.

À cela s’ajoutent des disparités juridiques entre pays, un niveau inégal de formation des forces de sécurité aux enquêtes numériques et une sensibilisation parfois insuffisante du grand public aux risques liés aux arnaques en ligne.

Dans ses évaluations récentes, Interpol signalait déjà une hausse notable des escroqueries numériques sur le continent, notamment dans les domaines de l’investissement en ligne, des faux services financiers et des fraudes sentimentales.

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