La décision du gouvernement kényan d’injecter 26,1 millions de dollars supplémentaires dans le hub technologique de South B, à Nairobi, ressemble moins à une annonce triomphale qu’à un aveu : le pays veut sauver un projet public devenu symbole de lenteur et de dérive budgétaire.
Lancé dans l’élan des ambitions industrielles du Kenya, ce techno-centre, associé à l’institut public KIRDI, devait offrir des infrastructures modernes pour la recherche appliquée, l’incubation et la mise à l’échelle d’innovations locales. Or, près d’une décennie après les premières promesses, le chantier reste inachevé, et la relance s’accompagne d’un message implicite : le coût de l’immobilisme est désormais plus élevé que celui d’un nouveau financement.
Cette rallonge intervient après des années de retards, de contentieux, de changements de contractants et de dépassements de coûts. Le projet, initialement attendu en 2016, s’est enlisé au point de nécessiter une réorganisation de sa mise en œuvre et un recalibrage des calendriers. L’argent frais doit permettre de reprendre les travaux, mais il met aussi en lumière les fragilités de la gestion des grands projets d’innovation : planification optimiste, suivi insuffisant, et gouvernance parfois incapable d’absorber les aléas techniques et contractuels.
Dans un contexte de contraintes budgétaires, chaque shilling additionnel consacré à un chantier en souffrance est un arbitrage politique, qui expose l’État à la critique sur l’efficacité de la dépense publique.