Un rapport récent de la GSMA rappelle que six grands opérateurs mobiles africains (Airtel, Axian Telecom, Ethio Telecom, MTN, Orange et Vodacom) se sont engagés dans une démarche commune pour développer des modèles de langage capables de comprendre et de produire des langues africaines. Un engagement formalisé pour la première fois en octobre dernier, lors du MWC Kigali.
L’initiative, présentée comme une réponse à l’invisibilisation de nombreuses langues dans les systèmes d’IA dominants, part d’un constat simple : l’accès à l’IA conversationnelle, à la recherche d’information ou à l’assistance numérique dépend souvent de la langue, et donc des données disponibles pour entraîner les modèles.
Dans la plupart des cas, les grands modèles mondiaux restent surreprésentés en anglais et en quelques langues « à forte ressource ». Résultat : des centaines de millions d’utilisateurs potentiels se retrouvent face à des outils qui « comprennent mal » leur quotidien, leurs références culturelles, leurs usages administratifs, ou tout simplement leurs langues. La GSMA souligne ainsi l’enjeu d’inclusion : sans modèles adaptés, l’IA risque d’amplifier des fractures déjà présentes dans l’accès aux services numériques.
Du réseau mobile au « réseau de connaissance » : pourquoi les telcos se repositionnent
Ce mouvement n’est pas uniquement linguistique ; il est aussi stratégique et industriel. Les opérateurs télécoms contrôlent une partie essentielle de la chaîne de valeur numérique : les réseaux, la distribution de terminaux, la relation client, et parfois des plateformes de mobile money. En investissant dans des modèles de langage et dans l’infrastructure nécessaire à leur entraînement et à leur déploiement, ils cherchent à réduire une dépendance trop forte aux grands clouds et aux technologies importées, tout en gardant davantage de maîtrise sur les coûts, la souveraineté des données et la conformité locale.
Les premiers résultats sont déjà visibles. Lors du MWC Barcelona 2026, le premier modèle ouvert de raisonnement en swahili a été présenté. Développé en collaboration avec MeetKai Zambia, ce modèle est capable de parcourir et de traduire des contenus en ligne en swahili. Il constitue aussi un modèle reproductible pour le développement d’autres systèmes d’IA dans des langues africaines.
Et cette dynamique ne se limite pas aux opérateurs mobiles. D’autres acteurs de l’écosystème technologique et philanthropique contribuent également à réduire le déficit de représentation des langues africaines dans l’IA. Google a ainsi investi, en juillet 2025, dans des outils d’intelligence artificielle prenant en charge plus de 40 langues africaines. De son côté, la Fondation Gates a accordé une subvention de 5 millions de dollars à Masakhane afin de soutenir le développement de modèles de langage africains.